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"ALCYONE ÉTERNELLE" PAS À PAS

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Palette de Alcyone éternelle

 

ÉMERGENCE DE LA TOILE

Voici en quelques étapes la réalisation de l'oeuvre intitulée "Alcyone éternelle", huile sur toile de 90 x 30 cm (lin extra fin en quatre couches d'enduction) montée sur châssis en bois à clés. Le fait que la toile soit enduite avec quatre couches permet un meilleur lissage des glacis. Toutefois, avant de commencer à poser le dessin, il est souvent nécessaire d'effectuer un léger ponçage des éventuels défauts d'aspérité de quelques fibres de lin qui peuvent apparaître parfois en sur-épaisseur et qui se trouvent même sur des toiles d'excellente qualité.

L'image ci-dessus est la palette des couleurs que j'ai utilisée pour peindre cette toile. Elle apparaît telle qu'elle était au moment où je venais de terminer l'oeuvre. Chaque peintre organise sa palette comme bon lui semble, et de ce fait une palette est complètement personnelle, mais je trouve que c'est souvent intéressant à voir, car elle contient en elle l'intégralité de l'histoire qui a conduit à la réalisation de l'oeuvre. Elle est donc complémentaire à la toile.

 

Pour résumer, voici un descriptif du matériel que j'ai utilisé pour réaliser entièrement ce travail :

-Un chevalet d'atelier équipé de sa lampe à éclairage du jour.

-Un spot halogène de 500 w variable dirigé sur la toile au besoin pour avoir une vision claire et complémentaire de l'éclairage du jour, ce qui va m'aider à contempler l'avancée de l'oeuvre lorsque je me pose devant le spectacle qui émerge de la toile (ça peut durer des heures, surtout si parfois j'en profite pour faire une méditation devant).

-Une toile de lin extra-fin montée sur châssis à clé.

-Une mine d'argent pour le dessin préliminaire.

-Un crayon de couleur jaune assez gras pour qu'il puisse se mélanger ensuite avec la peinture qui le recouvrira.

-Une palette en bois.

-Des pinceaux de différents calibres (brosses semi-rondes de plusieurs largeurs et pinceaux en pointes de petites tailles, dont les plus fins sont du triple zéro).

-De l'huile d'oeillette et de l'huile de lin pour le liant.

-Des tubes de peinture à l'huile extra fine que je choisi parmi la gamme disponible pour déterminer avec quelles teintes seront composés mes cocktails.

-Des petits pots en verre avec couvercles étanches. Ils seront employés pour créer les cocktails de couleurs.  

 

Voir les étapes depuis le début jusqu'à l'achèvement de la toile

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Photo  11

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Photo  33

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Photo 18
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Photo 1919

Photo 2020

 

Photo  21, présentation sur le chevalet
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Photo  22, création de la reproduction numérique
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Le Dessin

La toile est prête, l'uniformisation de la surface par un ponçage de l'enduit est terminé, je peux commencer à poser le dessin, et je sais déjà ce que je vais représenter globalement. Ce sera un paysage planétaire avec un sol et une mer intérieure. Inspiré d'une de mes peintures "L'oracle des Céphéides", je décide de me laisser guider intérieurement pour réaliser le dessin qui servira de gabarit pour appliquer la couleur. Je trace donc un trait à la règle pour établir l'horizon de ce monde. C'est le premier pas capital, le signal qui m'indique que je peux commencer à percevoir la suite. Je dessine une vue plongeante sur une baie naturelle située sur une planète d'une constellation de notre galaxie. Autour de ce monde, gravitent treize lunes de différentes tailles et compositions. Ici, seules six d'entre elles sont visibles. Un couché "des Soleils" encore très éclatant les accompagne. Au centre, le soleil le plus grand brille de mille feux, c'est autour de lui que cette planète et ses lunes orbitent. Pendant l'élaboration d'une oeuvre peinte dans ce style de technique détaillée, le dessin est très important. De plus un dessin négligé sera très difficile à corriger avec les couleurs à l'huile. Il est donc préférable de passer le temps nécessaire pour son harmonisation parfaite dans la toile. Ici presque tout le dessin est exécuté à la mine d'argent plutôt qu'au crayon graphite. Pourquoi ? parce que la mine d'argent ne salit pas le blanc de la toile quand certains traits sont gommés, parce que les couleurs ne se noircissent pas au contact du dépôt d'argent laissé sur la toile, et aussi parce que les couleurs qui ont un certain degrés de transparence recouvrent les traits du dessin beaucoup plus facilement que s'ils avaient été tracés avec une mine en graphite (voir photo 1 ci-dessous).

Photo  1, dessin de planète
Photo 1, © François SCHLESSER
Cette image en noir & blanc montre le tableau complet dessiné à la mine d'argent sur la toile.
(l'image est traitée pour faire volontairement ressortir à l'écran les tracés en noir car la mine d'argent étant très pale n'apparaissait pas très bien sur cette photo. Le fond blanc de la toile apparaît un peu grisé sur la photo, mais en réalité l'enduit est resté vraiment blanc après l'achèvement du dessin. L'effet de zones plus ou moins grisées vient seulement de la prise de vue et de la correction photographique effectuée avec le logiciel au moment où l'image couleur a été convertie en noir & blanc).

 

 Les étoiles les plus grosses sont dessinées avec un crayon de couleur gras compatible avec la peinture à l'huile. J'aurai pu aussi utiliser des pastels gras pour délimiter certains gabarits. La couleur choisie du crayon est proche de la couleur à peindre (voir photo 2 ci-dessous), ce qui facilitera le recouvrement par les jus plus ou moins transparentsEn réalité, contrairement à ce que montre la photo, l'enduit blanc de la toile reste très éclatant.


Photo 2, © François SCHLESSER
Détails réalisés avec un crayon de couleur jaune (correction photographique différente de la photo ci-dessus, ici l'image est dans les bonnes teintes). Les contours des étoiles principales avec les différents dégradés de lumière délimités par les cercles concentriques apparaissent.

 

PASSAGE A LA COULEUR

Préparation des lumières avec les principaux cocktails des couleurs

Les quantités de matière qui seront utilisées pour la réalisation entière de l'oeuvre seront très petites, grâce au fait que je peins la plupart du temps en glacis, et que ces fines couches de peintures plus ou moins transparentes consomment très peu de matière. Cependant certains mélanges de base doivent être faits dans des pots en verre fermés en vue de rallonger leur temps de conservation. Au besoin, je pourrai ainsi déposer sur la palette uniquement les doses nécessaires juste pour une étape. La préparation en pot avec la quantité suffisante pour réaliser entièrement la toile est importante, car il est préférable d'éviter d'avoir à refaire une couleur de lumière en cours de route. En général, il semble difficile de refaire exactement le même cocktail de couleurs, car selon sa complexité nous obtiendrons souvent de légères différences de teintes par rapport au mélange précédant, et cela peut avoir une implication visible sur le rendu global de la lumière du tableau, surtout si le cocktail est complexe, ce qui est très souvent le cas avec mes mélanges de base. Ces premiers mélanges conservés dans des pots sont les teintes des différentes lumières de base du tableau. Ainsi c'est pourquoi je dois m'appliquer à préparer en quantité suffisante ces teintes qui seront utilisées pour peindre la lumière des sources directes. Par exemple, la lumière globale de tous les soleils qui apparaissent de différentes tailles et qui seront perçus comme des étoiles plus ou moins éloignées dans la scène, est une lumière directe à définir. Il faut aussi définir quelle sera la couleur globale de la lumière indirecte qui est celle de l'ensemble ciel et nuages projetée sur le sol de la planète et qui doit apparaître principalement dans les ombres (voir photo 3).

 

L'agitation

Avant de me lancer à la couleur, je contemple encore quelque temps mon dessin simplement par pur plaisir, car je sais qu'il représente la structure primaire de la composition de la toile, structure qui révèle en partie mon "agitation" interne puis externe telles qu'elles étaient au moment de l'exécution du dessin. "L'agitation" désigne ici la dynamique manifestée d'un être humain. C'est l'ensemble de toutes les interactions qui se produisent en lui, à l'échelle microscopique et macroscopique, et qui le caractérise dans l'expression naturelle de sa réalité spatio-temporelle tout au long de sa vieJe peux dire aussi que l'agitation est le produit de l'état d'être intérieur, qui inter agissant avec l'environnement extérieur, le cosmos tout entier, se manifeste dans la réalité matérielle par l'intermédiaire des corps physique et subtiles. L'agitation est une signature unique produite dans chaque présent. Elle révèle l'état complet de l'être multidimensionnel, physique et spirituel. D'un point de vue alchimique, la toile avec toutes ses composantes devient alors un réceptacle capable de mémoriser la résultante de tous les micro mouvements auxquels les corps physique et subtiles de l'artiste sont soumis pendant la période de gestation de l'oeuvre. Même la matière environnante peut être impactée par le flux vibratoire de son état de conscience du moment. Je pense aux pigments des couleurs et à tous les produits et outils qui sont utilisés pour la réalisation de cette création, ainsi même que le lieu où se réalise l'oeuvre bien sûr. Je peux donc dire que l'artiste est une sorte d'alchimiste parce qu'il peut transmettre son agitation ainsi que ses vibrations subtiles sur le produit de sa création. Son agitation lui permet de réaliser une oeuvre unique qui révèle sa propre évolution, son état des lieux global, dans son propre référentiel d'espace temps.

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Go!


Tout est près pour l'application de la couleur. Je commence à peindre le fond du ciel en utilisant des brosses de différents calibres. Le dégradé apparaît progressivement en glissant vers le bas en teintes de plus en plus claires sauf aux alentours des étoiles principales où je laisse volontairement une zone plus sombre. Les cercles concentriques jaunes tracés au crayon pendant l'exécution du dessin m'aident à réaliser quelques dégradés circulaires autour des grosses étoiles. Pour ce type de dégradés, j'utilise en général des brosses moins larges que celles qui sont utilisées pour dégrader le fond du ciel.

Photo  3, commencement du fond à l'huile
Photo 3, © François SCHLESSER
Une fois les mélanges créés, je commence par peindre le fond de la toile en faisant apparaître le ciel dont la couleur est définie par la composition chimique de l'atmosphère de la planète. J'entoure les plus grosses étoiles en ajoutant des flous de la teinte de la lumière directe.

 

Pose du deuxième ton de lumière

Ensuite vient le moment de continuer le dégradé en considérant que le ciel va devenir, à mesure que je descend vers la ligne d'horizon, d'une couleur semblable à la couleur d'éclairement des soleils. Pour l'instant, l'effet final n'apparaît pas puisque les soleils ne sont pas peints, mais je fais appel à mon imagination pour me colorier vite fait une image mentale du résultat escompté afin que je puisse mener à bien l'opération sans me décaler progressivement vers des teintes inappropriées. Je prends donc un dégradé aux couleurs soleils (du orange au jaune pâle) pour le mélanger dans la teinte du fond du ciel, tout en lissant vers la ligne d'horizon. Le cocktail utilisé pour donner l'effet d'éclairement par les soleils est bien sûr la couleur globale que j'ai au préalable définie puis préparée dans un pot avant de commencer de peindre. En fait, je vais avoir besoin de cette couleur qui reviendra très souvent pour la suite de l'exécution, c'est pourquoi cette couleur de référence est très importante pour le futur équilibre de la toile. La photo 4 ci-dessous montre l'effet de fondu entre les différentes lumières de référence, le bleu violet du ciel et le jaune orange des lumières solaires. Mais il reste encore à descendre plus bas vers l'horizon le jaune-orange qui en fait va devenir progressivement en des tas de nuages éclairés par la lumière directes des soleils.


Photo  4, fond à l'huile
Photo 4, © François SCHLESSER
Dégradé entre deux cocktails de couleurs préparés dans des pots.
Deux types de lumières commencent à apparaître, la lumière du ciel profond et la lumière directe des soleils projetée dans ce qui va bientôt devenir des nuages jaunes orangés.

 

Horizon, nuages et reflets dans la mer

En dégradant le ciel jaune orangé jusqu'à la ligne d'horizon, je fais ressortir dans leurs couleurs à peine visibles les petits soleils lointains les plus bas. En même temps je fais apparaître les premiers nuages en les matérialisant avec des teintes de orange sur le jaune du ciel (voir la Photo 5 ci-dessous). Toutes les couleurs de lumières que j'utiliserai dans la toile seront des dérivés des cocktails de couleurs préalablement préparés. D'autres couleurs ne pourraient pas s'intégrer dans l'oeuvre et ne pourraient pas suggérer le ressenti psychologique de la profondeur du paysage et du bon éclairement de celui-ci. Ici tout n'est qu'un jeu d'harmonie dérivé de deux lumières, la couleur directe de la lumière des étoiles et la couleur du ciel qui en fait n'est pas une source mais une réflexion qui se retrouvera projetée seulement dans les ombres car étant plus faible que la lumière directe. Je commence également à étaler sur la mer intérieure les couleurs du ciel que je projette de manière symétrique, c'est à dire en interprétant l'image du ciel comme-ci je le regardais dans un miroir. En fait la précision n'est pas très importante car ce n'est qu'un gabarit utilisé pour faire apparaître plus tard les reflets des vagues de la mer. Je commence à couvrir d'une couleur moyenne jaune orangée les petites îles et le littoral. Avec la couleur de lumière directe, je commence à faire les dégradés circulaires des étoiles les plus grossesPuis, j'entoure ces étoiles par des halos de lumière qui prendrons leur signification plus tard, car avant de terminer la toile, j'accentuerai volontairement l'aspect cercles chromatiques visuels en ajoutant les rayonnements stellaires pour que l'effet soit saisissant et intense.

Photo  5, fond à l'huile
Photo 5, © François SCHLESSER
La couleur globale du ciel est composée de deux types de lumières, celle du ciel profond bleu-violet qui sera réfléchi dans la plupart des ombres portées et des ombres propres des éléments du paysage, et la lumière directe des soleils qui éclairent les nuages jaunes-oranges.

 

Le fond du ciel et les étoiles lointaines

Dés que le dégradé des deux couleurs de lumière est sec, je repasse par endroits sur le fond du ciel bleu-violet une couche légère de brumes violettes à l'aide d'un glacis étalé en dentelle. Puis je pose une par une toutes les minuscules étoiles en utilisant les différentes teintes plus ou moins saturées qui vont suggérer la couleur et la brillance plus ou moins forte de chacune d'elles (en astronomie, le terme  qui désigne l'intensité de l'éclat d'une étoile est la magnitude). Chaque étoile est un point de couleur que je tamponne avec la pointe d'un pinceau très fin. La profondeur du ciel commence à apparaître de façon significative grâce à la présence d'étoiles qui sont en fait à des dizaines, voir des centaines et même des milliers d'années lumière (voir la photo 6 ci-dessous). C'est une profondeur incroyable quand j'y pense!! Quand je contemple le ciel la nuit, je me sens enveloppé par l'infini, et je sens encore plus ma connexion avec le tout. Cela m'inspire de peindre l'infini car cela me connecte de la même façon que lorsque je contemple le vrai ciel, ce qui entretien mon lien très puissant avec le cosmos et aussi surtout avec la conscience solaire que je sens très présente et qui me guide dans mon chemin de vie, car notre soleil pourrait bien être le guide de toutes formes de vies sur Terre.


Photo  6, fond à l'huile
Photo 6, © François SCHLESSER

La profondeur du ciel est amplifiée par les milliers de détails qui représentent les étoiles plus ou moins brillantes. Elles transparaissent au travers de filets de brumes violacées. D'autres couches de glacis seront posées ultérieurement.

 

L'éclairement global du sol et les chaînes de montagnes au lointain

Pour donner un cohérence au tableau, il est important ici de distribuer la lumière de manière uniforme. Ici, je décide de passer très rapidement  par dessus le dessin à la mine d'argent, une couche de jus semi transparent composé de la lumière moyenne de l'éclairage des nuages (voir la photo 7). Le dessin apparaît encore suffisamment après le passage de cette teinte globale dont les nuances varies selon les endroits. Puisque cette couleur globale est composée de la lumière des soleils dégradée vers la teinte orange, je ne peux pas me tromper en la mettant partout sur le sol, les falaises, et les pics montagneux. Cette lumière sera issue des multiples réflexions de l'éclairement des nuages et des soleils qui se produisent dans le paysage. Je passe également cette couleur sur la grosse planète qui apparaît à droite et ses cinq satellites qui sont en rotation autour d'elle sur son plan équatorial. Ce monde avec ses chaînes de montagnes qui s'enfoncent doucement dans la mer intérieure est la sixième lune la plus éloignée qui gravite également autour de la grosse planète. Après séchage de cette uniformisation au sol, je commence à étaler sur le dessin des chaînes de montagnes lointaines, un mélange en jus très dilué dont les teintes proviennent du mélange du ciel bleu-violet. L'épaisseur de l'atmosphère donnera la teinte plus violette à ces montagnes. A mesure que j'applique cette couche, le contraste du bleu-violet s'intensifie sur les montagnes qui sont les moins éloignées. La première couche jaune orangée s'harmonise avec la deuxième couche bleue-violette. Jusqu'ici, les montagnes ne sont peintes qu'avec deux couleurs de lumière, directe et indirecte. J'en profite pour ajouter de nouvelles lumières à certaines étoiles.

Photo  7, fond à l'huile et lumière d'étoiles
Photo 7, © François SCHLESSER.

Uniformisation de la lumière globale au sol avec un glacis jaune orangé et apparition des chaînes de montagnes lointaines avec un glacis bleu-violet.

 

Lumières, ombres et couverture végétale

Je continu d'appliquer les teintes d'ombres bleues-violettes tout en recouvrant le dessin exécuté à la mine d'argent qui ne me servira plus du fait que les contours du paysage sont encore mieux définis avec l'application de la couleur. Je commence toujours par l'horizon (voir photo 8). En effet, je traite les détails qui sont les plus éloignés dans la profondeur suggérée du paysage, et je me rapproche peu à peu vers le premier plan, ce qui me permet de commencer à régler les distances que je souhaite suggérer. Je ne sais pas si cette façon de procéder est la meilleure, car je ne connais pas les techniques qui sont enseignées dans les écoles, puisque je suis autodidacte, mais il me semble que cela me correspond bien. Les progrès que je fais à mesure que je peins sont complètement empiriques, car ce sont les erreurs par lesquelles je passe au cours de toutes mes expériences qui me permettent de parfaire ma technique à mesure que je prends conscience de la nécessité de faire mieux. Tout est possible, rien n'est fixé définitivement. L'acte de créer est une alchimie qui opère en profondeur, il ne faut jamais l'oublier. Ainsi donc, je n'enseigne rien à personne, je n'ai pas cette prétention incroyable de donner la bonne méthode pour peindre de cette façon, comme-ci il existait une seule bonne méthode d'ailleurs. Il me plait seulement d'expliquer comment je fais pour réaliser cette toile. Cette technique me convient parfaitement pour l'instant, car elle me fait passer par un chemin de vie extraordinaire, où synchronicités et manifestations magnifiques se produisent tout le temps dans ma réalité. Mais je sais que cette alchimie évolue en permanence. Pour moi, cette façon de peindre me permet de communiquer avec mon être intérieur qui en fait est intégralement connecté à l'univers entier par le biais du réseau d'énergie multidimensionnel subtil. Cette manière d'être à l'écoute de soi permet de capter les solutions adéquats au moment même où le véritable besoin se manifeste. L'essentiel est la joie intérieure, car le bonheur est la clé de la communication avec cet être intérieur. Pourquoi? parce que c'est lui qui est le bonheur, la joie infinie, la lumière connectée à l'amour Divin. Si vous ressentez ce bonheur, alors vous ressentez la magnificence de votre être intérieur, et inversement, si vous ressentez cet être intérieur alors vous ressentez ce bonheur, et la communication entre Lui et vous se fluidifie de mieux en mieux.

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Une fois la couche d'ombres bleues-violettes sèche, je passe à l'application du mélange qui va servir à faire ressortir la couverture végétale là où elle doit apparaître. Je commence par les ombres du végétal en appliquant les couleurs par dessus la couche sèche du relief escarpé, en implantant cette couverture aux endroits qui me semble les mieux adaptés afin de produire un réalisme au paysage. En même temps, je passe des jus transparents en glacis sur les chaînes de montagnes à l'horizon pour donner des effets de profondeur encore plus lointaine (voir la photo 8 ci-dessous). Voir se révéler le paysage et sa lumière progressivement est un véritable plaisir qui fait partie de l'alchimie opérative du peintre.

Photo  8, détails des nuages
Photo 8, © François SCHLESSER
Le relief est redessiné à la peinture dans les ombres des massifs rocailleux depuis l'horizon vers le premier plan, et après séchage,
sont appliquées par dessus et par endroits seulement les couleurs ombrées de la couverture végétale. A ce stade de glacis, nous apercevons en transparence toutes les couches qui ont été appliqués depuis le début de la peinture. L'effet commence à devenir saisissant, l'atmosphère de la composition émerge peu à peu avec le réglage de profondeur sur l'horizon.

 

Premier plan et réglages des profondeurs

Cette fois je décide de recouvrir le dessin à la mine d'argent encore visible avec les ombres propres des premiers plans sans terminer les plans intermédiaires, car j'éprouve le besoin de pouvoir comparer le plan le plus éloigné avec le plan le plus rapproché afin de définir les bons réglages de distances des plans intermédiaires restant à peindre. En même temps, avec un glacis très transparent, je pousse vers le fond les plans successifs déjà recouverts de l'ombre végétale ainsi que les chaînes de montagnes de l'horizon en les décontrastant pour donner l'impression de détails s'estompant dans l'épaisseur du filtre de l'atmosphère. Sur les photos 8 ci-dessus et 9 ci-dessous, apparaissent nettement les différences de contrastes dues aux réglages successifs des plans à pousser vers le lointain, jusqu'à ce que l'ambiance du paysage ressemble plus ou moins à ma vison de départ.

Photo  9, coloriage des astéroides
Photo 9, © François SCHLESSER
Colorisation des ombres des premiers plans par dessus le dessin à la mine d'argent, et réglages des profondeurs des différents plans.

 

 Remplissage des plans intermédiaires, minéral et végétal, et affinement de la profondeur

A présent, tous les plans sont remplis avec les couleurs propres du minéral et de la couverture végétale. Cela donne une atmosphère particulière au tableau, une atmosphère de nuit très éclairée avec des étoiles peu lumineuses. A cette étape, les deux mélanges de base jaune orangé des nuages et bleu-violet du ciel sont projetés aux endroits adéquats dans la scène, selon une distribution très logique par rapport aux deux types de lumières. L'éclairement des nuages jaunes orangés est plus intense que le bleu-violet du ciel qui ne fait que refléter l'épaisseur de la composition chimique très diluée de l'atmosphère de cette planète, l'ensemble étant bien sûr éclairé et filtré de façon très indirecte par les soleils. Les nuages jaune orangés sont beaucoup plus lumineux grâce au fait qu'ils diffractent et réfléchissent beaucoup plus l'éclairement des soleils à cause de leurs densité qui est bien plus importante que la densité globale du ciel bleu-violet. Ainsi la lumière des soleils réfléchie par les nuages se propage partout dans le paysage, par réflexion sur les nuages et par jeu de reflets plus ou moins forts entre les éléments au sol. C'est pour ça que j'avais décidé de passer une couche de glacis plus ou moins jaune orangé sur tout le sol avant qu'il soit peint (voir ci-dessus la photo 7).

La deuxième source d'éclairage indirecte, la moins forte, le bleu-violet du ciel, ne peut apparaître que dans les ombres propres et les ombres portées les moins éclairées par la lumière indirecte des nuages. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de peindre avec cette couleur additionnée de la couleur propre des éléments minéraux, en suivant les traits du dessin exécuté précédemment à la mine d'argent, et en définissant les zones d'ombres complètes, toujours en peignant en glacis avec des jus plus ou moins transparents et plus ou moins liquides. (voir photo 9 ci-dessus pour les détails des avant plans). La couverture végétale n'a été posée qu'après avoir défini tous ces paramètres, par dessus le minéral, recouvrant parfois partiellement ou totalement certains endroits, exactement comme le fait le végétal en poussant. Aux différentes teintes utilisées pour peindre les éléments de la couverture végétale, j'ai ajouté, en recréant un nouveau cocktail, les deux types de mélanges de bases des lumières, le jaune orangé en très petite quantité, puisqu'il est censé n'être présent que par réflexions légères des éléments du paysage ainsi que par les nuages, puis une forte proportion de bleu-violet du ciel. Ainsi, sur la photo 10 ci-dessous, le végétal apparaît avec ses premières teintes d'ombres propres. Voilà pourquoi nous avons l'impression que le paysage baigne dans une clarté projetée par toutes les étoiles d'un ciel nocturne inhabituel.  Phase suivante, je commence à appliquer le orange de la lumière directe sur les faces éclairées des planètes et satellites visibles dans le ciel. Ensuite, je règle à nouveau la profondeur des différents plans qui apparaissent au loin en leur ajoutant des brumes très légères afin de donner une consistance réel de l'épaisseur de l'atmosphère.

Photo  10, fond et objets coloriés
Photo 10, © François SCHLESSER
Tous les plans sont peints. Le mélange d'ombre de la couverture végétale est posé. Le dessin à la mine d'argent a été entièrement recouvert. La couleur des planètes au loin s'équilibre avec les chaînes de montagnes de l'horizon en même temps que leur éclairement "orange lumière" apparaît peu à peu.

 

Première phase d'éclairement avec la lumière directe

A partir d'ici, je décide de déposer la lumière directe de l'éclairement des soleils sur l'ensemble des éléments au sol (mer, montagnes au loin, minéral, végétaux de tous les plans et planètes dans le ciel). Les deux types de lumières indirectes ont été déposés. Le tableau est bien loin d'être terminé, car son véritable éclat apparaîtra seulement lorsque la lumière correspondante aux sources des soleils sera projetée directement sur les éléments du paysage. Je commence donc à peindre la couverture végétal en ajoutant à sa couleur de base le cocktail de lumière la plus orange du dégradé, et que je continuerais à dégrader jusqu'au jaune très clair par la suite (voir la photo 11 ci-dessous). Pour obtenir un effet d'éclairement maximum avec la lumière directe,  je dois me concentrer principalement sur le dégradé de cette lumière qui viendra se renforcer par contraste simultané avec les ombres bleu-violettes.

Les détails du tableau étant minuscules, inutile de dire que le temps passé sur chacun d'eux est incalculable. Il faut être dans la conscience du présent pour réaliser une oeuvre de ce genre. Pas d'impératif professionnel, pas de contrat de production, pas de rendez-vous pour exposer la toile à une date précise dans le futur, pas de dead line fixée de manière quelconque avec une ou plusieurs personnes, car c'est bien de l'abandon total au "présent" dont il est question ici. J'ai tellement confiance en mon art que je sais que la toile sera réussie quoi qu'il arrive, même si je n'ai aucune idée de la manière dont je vais la réaliser, et même si techniquement je ne sais pas comment faire certaines choses. Depuis la création de "La porte de Jade", qui a marqué un tournant définitif dans mon expression artistique, ma foi en mon êtreté n'a cessé de grandir. Bien sûr j'ai eu encore beaucoup de doutes après cette étape, ce qui m'a fait redescendre souvent dans la perception d'un entendement lourd, mais globalement je peux dire que cette ascension n'a cessé de s'intensifier. Et bien sûr elle continue encore à "présent", c'est le cas de le dire. Pour moi le "présent" est un sentiment engendré par la perception de l'éternité que je ressens fortement lorsque je parviens à me focaliser sur l'instant, sur le seul et unique moment qui "soit". Cet instant éternel semble être dans un état immuable. C'est l'état primordial indivisible qui permet à l'univers d'exister indéfiniment. Cet état indéfinissable est un mystère insondable impossible à décrire ni  même à altérer. Rien ne peut l'entamer, il est insaisissable. Même la science n'a jamais pu prouver la véritable existence du temps en tant que dimension réelle. Ce qui m'amène à me demander si le temps ne serait pas seulement un outil de pure création intellectuelle destiné à expliquer l'éternité en la morcelant pour tenter de comprendre mathématiquement la dynamique qu'elle permet jusque dans la profondeur infinie de son étonnante présence? Après tout, peu importe la réponse, car pour peindre avec la rigueur que je m'impose, il faut percevoir le présent le plus possible dans toute son intensité, ce qui permet au mental de lâcher prise sur le concept du passé et du futur.

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Photo  11, éclairement des nuages et objets
Photo 11, © François SCHLESSER
La lumière directe orange est déposée sur la couverture végétale des plans intermédiaires dans les zones à éclairer. L'interaction des soleils sur le paysage commence à se percevoir, mais ce n'est que le début. La plupart du paysage est dans l'ombre, mais une éclaircie arrive par la mer, le ciel se dégage pourrions nous dire. Cela peut être un effet intéressant mais je n'ai pas prédestiné cette toile pour cette finalité. L'objectif que je me suis fixé est que le paysage soit entièrement éclairé.

 

Éclairement de tout le paysage avec la lumière directe.

Sur la photo 12 je commence à éclairer le sol des premiers plans avec les mêmes tons de orange que celui utilisé pour la couverture végétale dans la photo 11 ci-dessus. Je rappel que mon objectif est de poser sur tout le paysage une lumière dont la couleur est exactement celle que j'avais préparée pour peindre les soleils. Ces mélanges de couleurs de lumière de base ont été constitués dés le départ dans des pots. Il sont donc composés d'un dégradé de lumière compris entre un orange relativement foncé qui, en se mélangeant tout de suite au jaune de base, fait apparaître un dégradé lui même mélangé avec du blanc, et qui va se dégrader vers un jaune très clair, ce qui permet d'obtenir un dégradé de couleurs identique à ceux qui ont déjà été déposés sur les gabarits des soleils et que nous apercevons encore facilement du fait qu'ils ne sont pas recouverts par les couches finales.

Photo  12, éclairement des anneaux planétaires
Photo 12, © François SCHLESSER
L'effet d'ensoleillement arrive peu à peu. Sur la droite, la lumière orange est déposée jusqu'au premier plan, au niveau du minéral et du végétal. En parallèle je repasse un dégradé de lumière sur les plans intermédiaires déjà éclairés avec le orange de départ (voir photo 11), celui-ci étant un petit peu plus dégradé vers le jaune clair cette fois.

 

Équilibrage de l'éclairement des soleils et naissance des cascades d'eau

A présent, le tableau baigne dans une lumière beaucoup plus cohérente car les soleils semblent avoir prise sur l'ensemble des éléments de la composition grâce à l'étalement des dégradés de lumière qui jusqu'ici ne montrent pas encore les lumières les plus intenses. C'est à ce moment que je décide de faire surgir de chaque côté des falaises centrales, les cascades d'eau prévues au début, suggérant ainsi la présence de liquide un peu partout dans le décors. Voici là un satellite qui semble être encore bien plus accueillant. Les premiers reflets des soleils sur la mer apparaissent. Nous commençons à distinguer les ondulations provoquées par les vagues. L'eau n'ayant pas de couleur propre, est matérialisée par l'application de couleurs du ciel éclaircies pour représenter l'eau dans l'ombre, et de couleurs de lumière directe  avec tous ses dégradés pour l'eau éclairée directement par les soleils. Après séchage, un glacis en jus très transparent est passé pour régler la profondeur des plans intermédiaires. Tout le travail d'équilibrage du tableau est exaltant à réaliser. C'est un des moments que je préfère au cours du travail. Impossible de savoir combien de temps cela va durer, et à chaque coup de pinceau, le tableau change incroyablement. Dans le cas de celui-ci, à en juger par les herbes sauvages qui ont poussé un peu partout, notamment en bas sur la gauche, j'ai dû  passer beaucoup de temps pour arriver à ce résultat.

Photo  13, détails des astéroides
Photo 13, © François SCHLESSER
Étalement de lumière cohérente orangée sur tous les plans du sol. L'eau des cascades est peinte avec uniquement les deux mélanges de base de lumière soleils/nuages et ciel. Les reflets de la mer s'intensifient de plus en plus car ici ce n'est pas seulement un soleil qui éclaire la scène comme nous pouvons en avoir l'habitude sur terre, mais tout un amas de soleils.

 

Intensification de la lumière directe, éclairement des soleils et reflets dans la mer

Après un désherbage de quelques endroits dans la toile,  je décide d'intensifier les sources de lumière elles-mêmes, je parle des soleils présents qui éclairent directement le paysage. Je décide donc de renforcer l'effet d'éblouissement en ajoutant des brumes et des nuages orangés autour de la plus grosse étoile et de ses compagnons cosmiques, tout en travaillant leurs reflets projetées dans la mer. En même temps je continu à appliquer les dégradés de lumière toujours de plus en plus intenses sur le paysage et sur les faces éclairées des planètes et satellites qui flottent à l'horizon. A présent, nous voyons que la cohérence du paysage est dûe au fait d'avoir appliqué les mêmes références de couleurs d'éclairement partout. A chaque fois que je me prépare à peindre des éléments de la scène, je ne dois pas oublier l'essentiel qui est de prendre en compte, avec les couleurs propres de ces éléments, les mélanges lumière de base, directe et indirecte, c'est à dire les mélanges qui ont été définis comme références dés le départ. Finalement peu importe le choix des couleurs définies au départ dans ces mélanges cocktails. Ce qui compte le plus est de se resservir toujours de ces mêmes teintes de référence. De la zone centrale orangée nouvellement peinte, apparaît dans des couleurs plus chaudes un équilibre que le tableau n'avait pas auparavant. Cette zone va contribuer fortement à l'effet d'éblouissement qui viendra par la suite (voir photo 14 ci-dessous). Observer dans la nature les infinités de teintes que la lumière du soleil envoie permet de comprendre comment les couleurs s'harmonisent dans un paysage. A méditer.

Photo  14, glacis et réglage de la profondeur
Photo 14, © François SCHLESSER
Le sol est à présent mieux éclairé et la cohérence de la lumière globale est renforcée. Les tons de jaune plus clair renforcent l'effet d'ensoleillement. Au centre, le fond du ciel devient orangé. Ce sont les premières teintes qui définissent des nouveaux nuages et aussi l'effet d'éblouissement qui va se renforcer de plus en plus.

 

Renforcement des contrastes des plans proches dans leurs ombres et reflets dans l'eau au lointain

Pour intensifier encore plus l'effet premier plan, je décide de renforcer les contrastes dans les parties ombrées. Ainsi,  je prends la couleur violette la plus foncée qui a été utilisée pour créer le mélange du ciel bleu-violet, sachant que je reste donc toujours cohérent avec cette lumière de référence. et je commence à la passer avec un pinceau à pointe très fine de calibre triple zéro en repassant pratiquement aux mêmes endroits du premier dessin exécuté à la mine d'argent. Sur la photo 15 ci-dessous, apparait nettement le renforcement des contrastes du premier plan après avoir redessiné avec cette couleur les contours des détails. Mais cela n'est pas suffisant à mon sens. J'éprouve le besoin de renforcer l'éclairement des zones d'ombre des premiers plans avec un passage en glacis très fluide en utilisant le mélange du ciel bleu-violet (voir photo 15 ci-dessous). Les ombres des éléments aux premiers plans et même les pics montagneux les plus près sont beaucoup plus violacés qu'auparavant, ce qui renforce l'harmonie des lumières ainsi que les contrastes entre le premier plan et l'horizon interstellaire. A ce stade, le tableau porte déjà en lui un équilibre correct qui me satisfait. Je ne m'attendais pas un un résultat aussi plaisant, même si j'avais la certitude après avoir terminé le dessin préliminaire que le tableau serait réussi. Toujours en tâche de fond, je continu inlassablement à déposer cette magnifique lumière dorée un peu partout, et notamment sur la couverture végétale qui se met à prendre vie de plus en plus à chaque coup de pinceau. En même temps je continu à régler la profondeur en plaçant, à l'aide de jus  diaphanes, les différents plans suggérés à la bonne distance. Je passe également un jus très léger sur les nuages oranges qui entourent les grands soleils et leurs compagnons de manière à renforcer l'effet d'éblouissement en éclairant leurs contours avec une lumière jaune claire.

Photo  15, écairement des astéroides
Photo 15, © François SCHLESSER

Les contrastes des premiers plans sont considérablement renforcés dans les ombres au point où nous pouvons mieux percevoir que la lumière du ciel bleu-violet est projetée dessus. Le végétal se met à vivre grâce à une lumière toujours plus intense qui est déposée sur ses zones déjà éclairées. Le réglage de la profondeur des différents plans est affiné.

 

Halos autour des sources solaires

Pour que l'effet d'éblouissement soit optimum, il est important de mettre les informations lumière au bon endroit, l'idéal étant de reproduire exactement celles qui sont perçues pendant un éblouissement. Je décide donc de créer les premiers effets sur une trentaine de soleils les plus grands. A ce moment, je réalise que je pars dans une aventure technique très longue à réaliser car la proximité des soleils ne me laisse pas beaucoup de place pour étaler les glacis facilement. Moi qui croyais avoir presque terminé mon tableau, très vite l'estimation des temps de séchage des futurs rayons de soleils m'obligeront une fois de plus à repousser considérablement les limites de ma patience. Pas question d'utiliser des produits accélérateurs de séchage (siccatifs) car ils modifient considérablement la manière de poser le glacis. Je ne dis pas qu'ils sont moins intéressants, mais je préfère travailler avec un minimum d'ingrédients (pigments, huiles, térébenthine), ce qui me permet de prendre tout mon temps, car j'éprouve souvent le besoin impérieux de contempler et de méditer pendant des heures devant l'oeuvre entrain d'émerger. Pendant un moment, j'ai même cru que je n'étais parvenu qu'à la moitié du temps de réalisation de la toile. Et curieusement ça ne m'a absolument pas affecté. Pourquoi? parce que je crois que lorsque nous vivons dans le présent, l'état d'impatience n'existe plus, tout simplement. Il n'y a même pas de mérite à être infiniment patient parce que c'est très facile à vivre. Et cela confère un immense bonheur de se rendre compte que quoi qu'il arrive, tout est bien. La photo 16 ci-dessous montre les premiers effets des éclats de lumière. Je trace les cercles concentriques sur les étoiles les plus significatives, opération très délicate à réaliser car les jus utilisés sont très liquides et contiennent à peine la couleur intermédiaire de la lumière.

Photo  16, toile terminée
Photo 16, © François SCHLESSER
Les premiers cercles concentriques apparaissent sur les soleils les plus significatifs

 

Création des premiers rayons solaires

Pour accentuer encore plus l'impression de luminosité provenant des soleils, je décide d'ajouter des rayons à tous ceux qui sont entourés d'un halo (cercle de lumière). Pour équilibrer l'ensemble de l'amas, il faut que chaque soleil possède un nombre égale de rayons. Je défini donc arbitrairement, pour un soleil que je choisi, un nombre de rayons ainsi qu'une répartition harmonieuse de l'orientation pour chacun d'eux. Les cercles concentriques sont secs, je commence à peindre mon soleil modèle avec tous ses rayons par dessus son halo. Pour cela je choisi le petit soleil qui se situe un peu au dessus de la grosse planète de droite visible à l'horizon (voir la photo 17 ci-dessous). Ce soleil est pratique pour servir de modèle car il est un peu en retrait sur la droite de l'amas. De manière identique à la procédure d'éclairement de tous le paysage, les rayons seront peints successivement avec plusieurs couleurs de dégradés issues du mélange de base de l'éclairage directe, de orange vers jaune très clair. Ce qui impliquera d'attendre qu'une série de rayons, tous orientés selon le même angle, soient complètement secs, avant de peindre d'autres rayons orientés selon un angle différent et qui pourraient croiser les rayons précédemment peints. C'est à ce moment que la patience doit être infinie. C'est à ce moment que je peux mesurer le degrés de mon détachement du temps car l'expérience est longue à réaliser sans l'utilisation de produit siccatif. Je rappel que l'art de peindre produit une alchimie en soi, et les conséquences d'actes créateurs se répercutent sur la création elle-même. Personnellement,  j'ai choisi l'option "sans accélérateur de séchage" afin de mesurer ma capacité a être dans le présent, et je suis très heureux des résultats obtenus. Sur la photo 17 ci-dessous, apparaît une série de rayons, tous orientés sous le même angle, et peins avec la première couleur du dégradé qui sera enrichi par la suite, pour la même orientation de rayon, avec d'autres passages successifs jusqu'à temps d'obtenir l'effet d'éclat désiré.

 


Photo 17, © François SCHLESSER
La première série de rayons est posées avec la couleur la moins lumineuse du dégradé de lumière directe.

 

Passage d'une seule couleur sur une série complète de rayonnement

Voici ce que donne la distribution du rayonnement des soleils après avoir respecté les bonnes orientations de chaque rayon. Le nombre d'éclats et leur orientation sur 360 degrés est identique pour tous les soleils car le phénomène visuel d'éclats ne se produit que lorsque la lumière rencontre l'oeil ou un objectif d'appareil photo. Cette première série de rayons oranges est presque terminée, il ne reste plus qu'à peindre les rayons des trois plus gros soleils qui sont les plus intenses ici. Je les garde pour un peu plus tard. Sur la photo 18 ci-dessous nous apercevons le soleil de gauche, sur lequel je suis entrain de tirer à la règle un gabarit de rayon, que mon pinceau lissera en glacis très transparent avec la première couleur orange foncé du dégradé qui sera appliquée jusqu'au jaune clair dans les étapes suivantes. Je renforce par des glacis les reflets des grands soleils principaux sur la mer. Les ondulations des vaguelettes viennent terminer l'atmosphère que je souhaitais rendre.


Photo 18, © François SCHLESSER
Voici une série de rayons orange presque terminée. Trois soleils restent à faire. Comme leurs rayons seront très larges je les garde pour plus tard.

 

Étapes successives des dégradés de lumière sur le système de rayonnement

La première série de rayons oranges est posée. Je commence à appliquer un dégradé jaune plus clair sur les rayons des petits soleils du haut (voir la photo 19 ci-dessous). Les éclats me conviennent. Le ciel commence à vivre de sa propre lumière. J'en profite pour équilibrer un peu plus la répartition des brumes en décontrastant un peu les zones trop marquées entre les soleils. J'applique donc des jus transparents  qui viennent renforcer l'effet d'éblouissement. Il m'a fallu un temps très long pour réaliser ne serait-ce qu'un tiers du système de rayonnement. Vivre dans la conscience du présent permet d'aboutir à des résultats de cette sorte. Sans cela, une toile comme celle-ci ne peut exister. J'obtient toujours des trucs et des astuces que je découvre très souvent dans mes méditations. Focalisé sur la conscience du moment présent, j'arrive parfois à percevoir l'état stable de la présence éternelle, endroit extraordinaire où tout  phénomène d'impatience s'évanoui instantanément et où les plus sublimes révélations apparaissent, données par cet être intérieur magnifique qui est relié à tout l'univers par les voies subtiles des phénomènes quantiques.

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Photo 19, © François SCHLESSER
Système de rayonnement complet sur une couche de dégradé orange. La couche jaune commence à être appliquée après séchage définitif de la couche inférieure.

 

Toile terminée

Tous les rayons ont été tirés aux endroits adéquats, chacun selon l'angle qui lui convient par rapport au soleil modèle du début. Les différentes couleurs de dégradés ont été placées, chacune après séchage de la couche précédente, de la couleur orange lumière dégradée jusqu'à la couleur jaune très clair, voir blanc intense. Les glacis de lumière ont permis à la scène finale d'émerger. L'équilibre de la toile est cohérent (voir la photo 20 ci-dessous). C'est la première toile que j'enmène aussi loin dans le rendu de la lumière. C'est vraiment avec un grand bonheur que je la signe.


Photo 20, © François SCHLESSER

Voir cette toile dans la galerie

 

La toile terminée sur mon chevalet d'atelier

 

Photo  20, présentation de la toile sur le chevalet 

 


Reproduction de "Alcyone éternelle"

Je décide de créer une version de cette toile en reproduction numérique à partir d'une prise de vue produisant un fichier numérique. La phase de création du poster se fait sur mon ordinateur. Pour cela j'utilise un logiciel de retouche photo approprié. Le tableau original étant à disposition dans mon atelier, je commence la phase de correction de l'image préalablement numérisée en le comparant avec le résultat à l'écran. Cette phase est très importante car elle permet d'obtenir une image propre, avec des couleurs et des contrastes qui se rapprochent le plus possible de l'original, et ceci avec une définition suffisante adaptée à l'impression. Le logiciel permet également de créer autour de la photo un habillage avec du texte. Après que le modèle soit terminé et conforme à mes attentes visuelles à l'écran, je décide d'effectuer mes premiers essais pour évaluer le rendu colorimétrique sur mon imprimante. J'ai déjà choisi un papier photo d'excellente qualité qui va me permettre, du fait qu'il existe en rouleau, de créer tous mes modèles de reproductions en exploitant sa largeur maximum. Ainsi, selon la proportion des toiles vierges sur lesquelles je choisi de peindre mes oeuvres, qu'elles soient en format standard ou sur mesure, je peux toujours imprimer sur une surface optimum, la longueur du poster s'adaptant automatiquement par rapport aux proportions de base de la toile. Pour terminer la phase de mise au point, je note tous les réglages effectués pendant la création du poster pour pouvoir éventuellement reprendre certains d'entre eux pour les adapter aux nouvelles technologies qui permettront d'imprimer des reproductions de grande qualité. Les encres pigmentées  ainsi que le papier utilisés ici offrent une haute qualité de reproduction des couleurs, avec une longévité de celles-ci et une durabilité de l'ensemble vraiment intéressante face aux rayonnements ultraviolets du soleil (heureusement, nous n'en avons qu'un!!).

 

Photo  18, création de la reproduction numérique
Photo 22, © François SCHLESSER
La reproduction est terminée, je décide de la signer pour marquer la fin d'un très long travail réalisé dans le présent (ou presque).

 

Je souhaite à toutes et a tous de pouvoir entrer dans le présent éternel,
immuable moment magnifique où la conscience de notre être infini nous relie en un collectif d'amour, d'émerveillement, de bonheur et de joie infinie.

François   ...    le 21 septembre 2014




 

 



vendredi, 19 mai, 2017 - 19:44